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[Transcriber's note: Delly (Marie Petitjean - de la Rosière) (1875-1947),L'exilée (1908), édition de 1908]
Les nuages s'étaient un instant écartés, un vif rayon de soleil d'avrilfrappait le vitrage du bow-window où Myrtô reposait, sa tête délicateretombant sur le dossier du fauteuil, dans l'atmosphère tiède parfuméepar les violettes et les muguets précoces qui croissaient dans lescaisses, à l'ombre de palmiers et de grandes fougères.
C'était une miniature de petite serre. Tout au plus, entre ces caisseset ces quelques plantes vertes, demeurait-il la place nécessaire pourle fauteuil où s'était glissée la mince personne de Myrtô.
Elle reposait, les yeux clos, ses longs cils dorés frôlant sa joue auteint satiné et nacré, ses petites mains abandonnées sur sa jupeblanche. Ses traits, d'une pureté admirable, évoquaient le souvenir deces incomparables statues dues au ciseau des sculpteurs de la Grèce.Cependant, ils étaient à peine formés encore, car Myrtô n'avait pasdix-huit ans… Et cette extrême jeunesse rendait plus touchants, plusattendrissants le pli douloureux de la petite bouche au dessin parfait,le cerne bleuâtre qui entourait les yeux de la jeune fille, et leslarmes qui glissaient lentement de ses paupières closes.
Sur sa nuque retombait, en une coiffure presque enfantine, une lourdechevelure aux larges ondulations naturelles, une chevelure d'un blondchaud, qui avait à certains instants des colorations presque mauves, etsemblait, peu après, dorée et lumineuse. Ses bandeaux encadraientharmonieusement le ravissant visage, doucement éclairé par ce gai rayonde soleil perçant entre deux giboulées.
Myrtô demeurait immobile, et cependant elle ne dormait pas. Quand mêmesa sollicitude filiale ne l'eût pas tenue éveillée, prête à courir àl'appel de sa mère, la douloureuse angoisse qui la serrait au coeurl'aurait empêchée de goûter un véritable repos.
Bientôt, demain peut-être, elle se trouverait orpheline et seule sur laterre. Aucun parent ne serait là pour l'aider dans ces terriblesmoments redoutés d'âmes plus mûres et plus expérimentées, aucun foyern'existait qui pût l'accueillir comme une enfant de plus. Elle avait samère, et celle-ci partie, elle était seule, sans ressources, car lapension viagère dont jouissait Madame Elyanni disparaissait avec elle.
Myrtô était fille d'un Grec et d'une Hongroise de noble race. Lacomtesse Hedwige Gisza avait rompu avec toute sa parenté en épousantChristos Elyanni dont la vieille souche hellénique ne pouvait faireoublier, aux yeux des fiers magistrats, que ses parents avaient dérogéen s'occupant de négoce, et que lui-même n'était qu'un artistebesogneux.
Artiste, il l'était dans toute l'acception du terme. Epris d'idéal, ilvivait dans un rêve perpétuel où flottaient des visions de beautésurhumaine. La jolie Hongroise, vue un jour à Paris, à une fête decharité où Christos s'était laissé entraîner par un ami, l'avait frappépar sa grâce délicate, un peu éthérée, et la douceur radieuse de sesyeux bleus. Elle, de son côté, avait remarqué cet inconnu dont leslongs cheveux noirs encadraient un visage si différent de tous ceux quil'entouraient—un visage de médaille grecque, où le regard rayonnan