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AUGUSTE ANGELLIER
DOCTEUR ÈS LETTRES,
PROFESSEUR À L'UNIVERSITÉ DE LILLE.
II
PARIS, HACHETTE ET Cie. 1893.
On s'étonnera peut-être de ne trouver, dans les pages qui suivent, aucunaperçu sur la formation du génie de Burns, aucun essai pour montrer dequels éléments il se compose, quelle part en revient à la race, auclimat, aux habitudes de vie. C'est de parti-pris que nous nous sommesinterdit toute tentative de ce genre. Nous concevons une étude aussiprécise et aussi poussée qu'il est possible de la faire des caractères,des limites, de la force d'un génie, ou, pour mieux dire, de sesmanifestations extérieures. Nous concevons aussi qu'on essaye dedéterminer les conditions dans lesquelles le génie s'est exercé. Quantau génie lui-même, à sa formation et à ses causes profondes, nouscroyons que vouloir l'expliquer est une tentative au-delà de nospouvoirs d'analyse. Ce n'est pas qu'on ne puisse supposer avecvraisemblance que la race ait une part dans la formation du génie, etque le milieu, et le moment, si l'on veut, aient une part dans la formede ses œuvres. C'est là un axiome philosophique qu'on ne peut guèrediscuter. Mais dès qu'on sort de cette affirmation générale, on est dansd'inextricables difficultés. Qui dira, en effet, ce qui revient à larace, si tant est qu'il y ait des races dans nos mondes mélangés et queles races aient un génie? Qui dira, chose peut-être plus importante, cequi revient à une alliance unique de tempéraments, rapprochés à unmoment unique, et produisant de leur union une combinaison supérieure àeux? Qui dira ce qui revient à des impressions d'enfance, innombrables,imperceptibles, ignorées, à des accidents de conversation, à l'harmoniede l'entourage ou aux réactions contre un entourage impropice? Qui dirales milliers d'influences dont l'énumération, si elle était possible,n'éluciderait encore rien, mais dont la rencontre, le nœud, en desproportions inappréciables, ont contribué à former un esprit? Ce sont làd'indéchiffrables problèmes dont la complexité est effrayante etdécourageante.
(p. iv) Cette étude, si elle pouvait être faite, au lieu d'être unegénéralisation et l'application d'une formule, serait la plusparticulière, la plus minutieuse qu'on puisse imaginer. Ce seraitd'abord la possession indiscutable de tous les éléments ethniques quisont entrés dans la composition d'un homme, et ce serait ensuite lerelevé, jour par jour, des impressions, fournies par la nature, leslivres et la vie, qui ont pu agir sur lui. Ce serait une suite demonographies individuelles, travaillées avec la dernière exactitude etpoussées dans les derniers détails. Mais vouloir expliquer cesélaborations obscures et incalculables au moyen de quelques affirmationssimples, non contrôlées, c'est recommencer, pour les choses mystérieusesde l'âme, les explications enfantines et sommaires que les sauvagesdonnent des phénomènes physiques. C'est l'état d'esprit le plusinscientifique qu'on puisse imaginer. C'est, à la face des choses, unexercice vain, incertain et stérile.
Il n'y a pas d'étude où il faille plus soigneusement se garder de cettetendance périlleuse que celle de la littérature anglaise. Un vigoureuxesprit, qui semble avoir été toute sa vie prisonnier d'une de cessolutions trop simples qu'on accepte dans la jeunesse, l'a pendantlongtemps dominée. Nous désirons parler de lui avec toute la d