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ŒUVRES COMPLÈTES
DE
GUY DE MAUPASSANT


LA PRÉSENTE ÉDITION

DES

ŒUVRES COMPLÈTES DE GUY DE MAUPASSANT

A ÉTÉ TIRÉE

PAR L’IMPRIMERIE NATIONALE

EN VERTU D’UNE AUTORISATION

DE M. LE GARDE DES SCEAUX

EN DATE DU 30 JANVIER 1902.


IL A ÉTÉ TIRÉ DE CETTE ÉDITION

100 EXEMPLAIRES SUR PAPIER DE LUXE

SAVOIR:

60 exemplaires (1 à 60) sur japon ancien.
20 exemplaires (61 à 80) sur japon impérial.
20 exemplaires (81 à 100) sur chine.


Le texte de ce volume
est conforme à celui de l’édition originale
: Miss Harriet.
Paris, Victor Havard, 1884,
avec addition de
:
L’Orient—Un Million (inédits).


ŒUVRES COMPLÈTES

DE

GUY DE MAUPASSANT


MISS HARRIET


L’ORIENT — UN MILLION

PARIS

LOUIS CONARD, LIBRAIRE-ÉDITEUR

17, BOULEVARD DE LA MADELEINE, 17


MDCCCCVIII

Tous droits réservés.


MISS HARRIET.

A Madame.....

NOUS étions sept dans le break, quatre femmes et trois hommes, dont unsur le siège à côté du cocher, et nous montions, au pas des chevaux, lagrande côte où serpentait la route.

Partis d’Étretat dès l’aurore, pour aller visiter les ruines deTancarville, nous somnolions encore, engourdis dans l’air frais dumatin. Les femmes surtout, peu accoutumées à ces réveils de chasseurs,laissaient à tout moment retomber leurs paupières, penchaient la têteou bien bâillaient, insensibles à l’émotion du jour levant.

C’était l’automne. Des deux côtés du chemin les champs dénudéss’étendaient, jaunis par le pied court des avoines et des blés fauchésqui couvraient le sol comme une barbe 2 mal rasée. La terre embruméesemblait fumer. Des alouettes chantaient en l’air, d’autres oiseauxpépiaient dans les buissons.

Le soleil enfin se leva devant nous, tout rouge au bord de l’horizon;et, à mesure qu’il montait, plus clair de minute en minute, la campagneparaissait s’éveiller, sourire, se secouer, et ôter, comme une fillequi sort du lit, sa chemise de vapeurs blanches.

Le comte d’Étraille, assis sur le siège, cria: «Tenez, un lièvre», etil étendait le bras vers la gauche, indiquant une pièce de trèfle.L’animal filait, presque caché par ce champ, montrant seulement sesgrandes oreilles; puis il détala à travers un labouré, s’arrêta,repartit d’une course folle, changea de direction, s’arrêta de nouveau,inquiet, épiant tout danger, indécis sur la route à prendre; puis il seremit à courir avec de grands sauts de l’arrière-train, et il disparutdans un large carré de betteraves. Tous les hommes s’éveillèrent,suivant la marche de la bête.

René Lemanoir pro

...

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